Historique des pèlerinages de la Légion

Qu’est-ce qu’un pèlerinage?

Que sont les pèlerinages? Avant la Première Guerre mondiale, les pèlerinages étaient très rares. Or, dans les années qui suivirent, l'idée de retourner visiter les champs de bataille s’est vite répandue. Mais pourquoi donc retourner sur un champ de bataille? Les anciens combattants, les veuves de guerre et les familles avaient de nombreuses raisons de le faire.

Au cours de la Première Guerre mondiale, les corps des Canadiens morts au combat n'étaient pas rapatriés, mais enterrés là où ils étaient tombés ou tout près. Cela dit, un pèlerinage permettait aux veuves et aux familles de visiter leurs proches disparus et de leur rendre hommage. Pour beaucoup, c'était la fermeture d'un chapitre de leur vie; pour la plupart, c'était le début du Souvenir de vies vécues, de vies perdues et des sacrifices qui avaient été consentis tant à la maison qu’à l'étranger.

Pour les anciens combattants, le retour sur un champ de bataille était l’occasion de visiter leurs frères d’armes et camarades morts au combat. De toute évidence, de forts liens s’étaient tissés sur les champs de bataille entre camarades, des liens qui, en temps de paix à la maison, n’auraient probablement jamais été rendus possibles.

Un pèlerinage permettait également aux anciens combattants de réaliser l’ampleur du carnage, de la destruction et de l’énorme confusion que la guerre apportait sur un champ de bataille; mais seulement, cette fois-ci, cela se faisait en silence. Tous ces événements ont marqué plusieurs générations de nos ancêtres et continuent, encore aujourd’hui, à faire partie de leur vie quotidienne.

Historique

Mais qu'en est-il pour nous, jeune génération de Canadiens, nous qui n’avons jamais connu la guerre? Pourquoi organisons-nous des pèlerinages? Pour répondre à cette question, revoyons l'historique des pèlerinages de la Légion.

Dans les faits, les pèlerinages de la Légion ont débuté en 1928 suite à un congrès national au cours duquel une résolution fut adoptée pour que la Légion commence à examiner et à considérer l’organisation possible d’un pèlerinage en France, soit à Vimy, à l’occasion du dévoilement du Mémorial de Vimy, alors prévu pour 1931 ou 1932. Or, même durant les premières années de la Grande Crise des années 30, la tâche difficile et exigeante d'organiser une telle aventure s'est poursuivie. Au total, 6 200 anciens combattants et membres de famille avaient effectué le voyage jusqu’à Vimy à bord de cinq navires en provenance du Canada. Quelque 1 500 Canadiens qui vivaient alors au Royaume-Uni s’étaient également joints au voyage.

Le coût total par personne pour un voyage aller-retour de Montréal était alors 160 $ (soit 119,60 $ pour le transport maritime, 36 $ pour la visite terrestre, et 4,40 $ de divers, tels béret, brassard, guide et badge). Le 26 juillet 1936, quelque 100 000 Canadiens, Britanniques et Français étaient présents au site commémoratif pour procéder à l’inauguration du monument.1

Pendant la période de l'entre-guerre et de la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas eu de programme de pèlerinage. Cependant, en 1962, avec l'aide du Comité des sépultures de guerre des Pays-Bas, la Légion organisait un pèlerinage en Hollande pour 79 personnes. Le coût total par personne était alors 200 $, dont 50 $ était défrayé par le Comité des sépultures de guerre des Pays-Bas. Ce fut le tout premier de 17 voyages qui furent effectués durant les 10 années suivantes, et qui aura permis à plus de 2 000 Canadiens de faire le voyage et d’être accueillis par des familles néerlandaises.2

En 1986, une proposition fut présentée afin d’envoyer à Vimy, dans le cadre du 50e anniversaire du dévoilement du Mémorial de Vimy, 10 jeunes légionnaires représentant chaque direction provinciale. Ce programme visait à répandre, parmi les générations qui n'avaient pas connu la guerre, la notion de Souvenir. L'un des critères retenus pour le voyage était la capacité des participants à transmettre leur expérience aux jeunes Canadiens, ce qui amena plusieurs des premiers participants à être des enseignants.3

Le Pèlerinage du Souvenir de la Légion

Après un repos de trois ans, le programme refit surface en 1989 sous l’appellation de Pèlerinage du Souvenir – Dirigeants de jeunes de la Légion. Ce programme s'est poursuivi sur une base annuelle jusqu'en 1997, mais en raison des coûts, la décision fut prise de tenir le programme tous les deux ans. Au début, le pèlerinage voyait un vétéran agir à titre de guide touristique et en mesure de lier les événements aux différents lieux de visite tout au long du voyage. Cependant, au cours des années, la pratique a changé en raison de l’âge avancée des anciens combattants.

Le pèlerinage d'aujourd'hui, qui se déroule sur une période de 15 jours, comprend certains des plus importants - et certains moins bien connus - événements des Première et Seconde guerres mondiales. En 2013, le pèlerinage a été rebaptisé Pèlerinage du Souvenir de La Légion royale canadienne pour mieux refléter son objectif. Les pèlerins qui y participent sont appelés à vivre, sous la supervision d’un guide, les tranchées de la Première Guerre mondiale et les plages de la Normandie. Ils sont également à même d’éprouver les émotions des anciens combattants et de ceux qu'ils ont libérés. De plus, le pèlerinage organise des cérémonies de Souvenir dans les cimetières où de jeunes Canadiens y ont trouvé leur dernier repos.

1 Pour plus d'informations sur le pèlerinage de Vimy, voir Bowering, Clifford H., SERVICE, The Story of the Canadian Legion, (Ottawa : Direction nationale de la Légion canadienne, 1960), chapitre VI, p. 83 - 102. Voir aussi Hale, James, Branching Out: The Story of the Royal Canadian Legion, (Canada : WEBCOM, 1995), p. 52 - 55.

Pourquoi des pèlerinages?

Tout cela nous ramène à l'une des questions de départ : pourquoi organisons-nous le Pèlerinage du Souvenir?

Dans le respect de l'esprit du programme mis de l’avant en 1986, la Légion choisit au sein de chaque direction provinciale à travers le pays, un membre de la Légion reconnu pour son leadership dans sa collectivité, pour aller visiter les champs de bataille où de nombreux Canadiens ont consenti au sacrifice suprême, pour qu’ils en apprennent davantage et reviennent perpétuer le Souvenir chez ces Canadiens qui n’auront peut-être jamais la chance d’aller visiter ces sites. Ces pèlerins, représentant leur direction respective, n'ont besoin d'aucune autre direction quant au rôle qu’ils doivent jouer pendant le pèlerinage : ils n’ont qu’à revoir les buts et objets de La Légion royale canadienne et ses Articles de foi. C’est à ces pèlerins, en tant que légionnaires, que revient la tâche de ne jamais oublier et de rendre hommage à ceux et celles qui ont fait le sacrifice ultime pour que nous puissions profiter des libertés que nous avons aujourd'hui. Car si nous ne tirons pas les bonnes leçons, et n'enseignons pas à la jeune génération derrière nous, nous pourrions éventuellement répéter certaines des horreurs de notre passé.

NOUS NOUS SOUVIENDRONS D’EUX.